La réserve naturelle du Delta de la Sauer

Mercredi 24 août 2011, par Sébastien // 8. La réserve naturelle

HISTORIQUE

Les travaux de domes­ti­cation du Rhin, inter­venus autour de 1845, ont pro­fon­dément modifié le paysage du Delta de la Sauer : les grands méandres que formait le Rhin, dans ce secteur à faible pente natu­relle, ont été coupés.

Le site est resté inon­dable, cependant la dyna­mique de nom­breux bras du fleuve a été sérieu­sement amoindrie. Aussi, la plupart des anciens lits asséchés du Rhin et de ses bras, se sont recou­verts de forêts alluviales.

Depuis ces travaux, la Sauer, affluent vosgien, emprunte un méandre de l’ancien cours prin­cipal du Rhin pour rejoindre le lit du fleuve corrigé à hauteur de Munchhausen.

A la fin des années 1970, les travaux de la cana­li­sation du Rhin s’arrêtent en amont de Mun­ch­hausen et épargnent ce site remarquable.

En 1997, cette zone a été classée en réserve natu­relle, du fait de l’importance de son patri­moine naturel, reconnu au niveau européen. LE RÉSEAU HYDRO­GRA­PHIQUE ET LES VASIÈRES

Dans le Delta, le niveau de la Sauer et des bras est très fluc­tuant. Il est sous la double influence du régime du Rhin, dont les eaux remontent par l’embouchure, et de la Sauer

Lors des crues, I’eau se répand dans tout le Delta. Aux décrues, de vastes étendues de vasières laissent le temps à une flore éphémère très par­ti­cu­lière de se déve­lopper, telle que la rare limo­selle aquatique.

JPEG - 658.4 ko

De luxu­riants massifs d’Euphorbes palustres et de Séneçons des marais ornent les marges de ces milieux, abon­damment fré­quentés par les Hérons cendrés ainsi que par de nom­breux oiseaux limi­coles de passage, tels que le Vanneau huppé, plu­sieurs espèces de chevaliers, …

JPEG - 474.9 ko
JPEG - 673.6 ko

LA SAULAIE BLANCHE

La forêt de saules blancs est un peu­plement forestier spé­cialisé, adapté à des mois d’inondation sans inter­ruption. Dans le Delta, elle forme la plus grande étendue de ce type en Alsace - Bade et constitue un véri­table symbole du Delta de la Sauer.

JPEG - 684.4 ko

Exploitée tra­di­tion­nel­lement en têtards, c’est en barque que I’on circule entre les troncs énormes modelés par les coupes successives.

LA SAULAIE PEUPLERAIE

Sur les ter­rains un peu plus élevés, soumis à des inon­da­tions moins contrai­gnantes, se sont ins­tallés des peu­ple­ments mélangés de saules, de Peu­pliers noirs et de Peu­pliers blancs, avec un sous-​​bois parsemé de Cor­nouillers san­guins et de Viornes obier. Cette forêt évolue len­tement vers une forêt à bois dur.

LA FORÊTBOIS DUR

Sur les levées des rives du Rhin, s’est déve­loppée une forêt dense à bois dur, com­posée de Frênes, Chênes et Ormes, mêlée de Peu­pliers blancs.

LE GROSSWOERTH

Cette grande zone de prairies humides, entre­coupées de dépres­sions et de rose­lières, est entre­tenue par fauche. Régu­liè­rement inondée, elle constitue un site remar­qua­blement fré­quenté par les oiseaux, dont notamment la Bécassine des marais et le Bruant des roseaux.

On y observe une flore très riche, dont de nom­breuses espèces rares et/​ou pro­tègées, comme la Vio­lette élevée, la Vio­lette naine, I’Ail anguleux, I’Inule bri­tan­nique, la Gesse des marais, les utriculaires.

LA FAUNE

En plus de la beauté des pay­sages, c’est pro­ba­blement à sa remar­quable richesse orni­tho­lo­gique que ce site doit une partie de sa répu­tation. Au total, pas moins de 183 espèces d’oiseaux fré­quentent la réserve natu­relle dont 77 espèces nicheuses, parmi les­quelles le Gor­ge­bleue à miroir, la Mésange rémiz, la Rous­se­rolle tur­doïde ou encore le Milan noir, qui trouve en ce site sa plus impor­tante zone de nidi­fi­cation en Alsace. Le Delta constitue un milieu d’accueil de premier plan pour les oiseaux migra­teurs, de passage, notamment au prin­temps, ou en hiver.

Les amphi­biens sont extrê­mement abon­dants. Citons les très belles popu­la­tions de Rai­nettes vertes, et la pré­sence quasi unique en France du Pélobate brun, en zone limi­trophe de la réserve natu­relle on note également un des seuls sites de repro­duction français de la Gre­nouille des champs.

Avant les amé­na­ge­ments du Rhin, le Delta connaissait une très grande pro­duc­tivité pis­cicole, exploitée par les vil­lages de pêcheurs. Celle-​​ci a connu une nou­velle chute avec la pol­lution his­to­rique du Rhin (19601990) et diverses per­tur­ba­tions d’ordre hydro­lo­gique ayant suivi la cana­li­sation. L’amélioration confirmée de la qualité des eaux du fleuve, associée à la mise en œuvre d’un plan de res­tau­ration, permet de fonder des espoirs de recon­quête pour des espèces rares de poissons.